Calcul JEI 2026 : comment estimer vos exonérations de cotisations patronales
· Par David Jian, associé et expert-comptable, KeyPoint International
Réponse courte
Un calcul JEI, ce sont en réalité deux calculs distincts, et les confondre est l'erreur la plus coûteuse du dispositif.
- Le calcul qui ouvre le statut : vos dépenses de recherche doivent représenter au moins 20 % de vos charges fiscalement déductibles sur l'exercice. Seuil relevé de 15 % à 20 % par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, applicable aux exercices clos à compter du 1er mars 2025.
- Le calcul du montant exonéré : les cotisations patronales d'assurances sociales et d'allocations familiales dues sur les rémunérations des personnels affectés à la R&D sont exonérées, dans la limite de 4,5 SMIC de rémunération mensuelle brute par personne (8 203,64 € jusqu'au 31 mai 2026, 8 401,59 € à partir du 1er juin 2026) et de 240 300 € d'exonération par établissement et par année civile en 2026 (5 fois le plafond annuel de la sécurité sociale, porté à 48 060 €).
Le premier calcul décide si vous avez droit à quelque chose. Le second dit combien.
Étape 1 — le ratio de 20 % : le calcul qui conditionne tout
La formule
dépenses de recherche de l'exercice (retenues par nature)
ratio = --------------------------------------------------------- ≥ 20 %
charges fiscalement déductibles de l'exercice
Les deux termes se construisent avec des règles précises, et c'est là que les approximations se paient.
Au numérateur : les dépenses retenues « par nature », sans les forfaits du CIR
Sont retenues les dépenses visées aux a à g du II de l'article 244 quater B du CGI — c'est-à-dire les mêmes catégories que pour le crédit d'impôt recherche : amortissements des immobilisations affectées à la recherche, dépenses de personnel des chercheurs et techniciens, recherche externalisée, etc.
Mais la doctrine pose une réserve que beaucoup d'entreprises ignorent : pour apprécier le seuil de 20 %, « seule la nature des dépenses visées doit être retenue, à l'exclusion des plafonds et forfaitisations », ces derniers ne jouant que pour la détermination de l'assiette du CIR (BOI-BIC-CHAMP-80-20-20-10, § 200).
Traduction pratique : vous ne pouvez pas reprendre l'assiette de votre CIR pour tester le seuil JEI. L'assiette CIR intègre un forfait de frais de fonctionnement de 40 % des dépenses de personnel et de 75 % des amortissements. Ces forfaits gonflent le CIR, mais ne comptent pas dans le ratio JEI. Une entreprise qui teste son ratio avec son assiette CIR s'attribue plusieurs points de ratio qui n'existent pas.
Deux autres points de vigilance :
- les dépenses de recherche engagées auprès d'une autre JEI sortent du calcul du ratio, pour éviter qu'une même dépense soit comptée deux fois — chez le sous-traitant et chez le donneur d'ordre ;
- les dépenses retenues doivent correspondre à des frais déduits du résultat imposable.
Au dénominateur : les charges fiscalement déductibles, moins deux retraitements
On retient l'ensemble des charges fiscalement déductibles de l'exercice, en neutralisant :
- les pertes de change issues des transactions en devises étrangères ou en actifs numériques ;
- les charges nettes sur cessions de valeurs mobilières de placement.
Ces deux postes sont « sans incidence sur la qualification de JEI » : ils ne doivent pas faire tomber une entreprise sous le seuil à cause d'un élément financier étranger à son activité de recherche.
Le cas des dirigeants
La rémunération d'un dirigeant qui participe effectivement et personnellement aux projets de recherche entre dans le numérateur, dès lors qu'elle constitue une charge déductible du résultat imposable.
Pour les entreprises individuelles et les sociétés de personnes n'ayant pas opté pour l'impôt sur les sociétés — EURL, SARL de famille — la rémunération du dirigeant n'est pas une charge déductible. La doctrine prévoit alors une tolérance : le dirigeant qui participe personnellement aux travaux peut ajouter aux deux membres du rapport une somme correspondant au dernier salaire net moyen annuel des cadres connu à la date de clôture, dans la limite du résultat qu'il s'est effectivement attribué. Le critère de 20 % est apprécié « avec souplesse afin de donner une large portée au dispositif ».
Exemple chiffré — exercice clos le 31 décembre 2026
| Poste | Montant |
|---|---|
| Charges fiscalement déductibles de l'exercice | 1 200 000 € |
| − pertes de change | − 15 000 € |
| − charges nettes sur cessions de VMP | − 5 000 € |
| Dénominateur | 1 180 000 € |
| Salaires et charges des chercheurs et techniciens de recherche | 210 000 € |
| Amortissements des immobilisations affectées à la recherche | 25 000 € |
| Recherche externalisée auprès d'un organisme agréé | 40 000 € |
| Numérateur | 275 000 € |
Ratio = 275 000 / 1 180 000 = 23,3 % → le seuil de 20 % est franchi.
Le contre-exemple utile : l'assiette CIR de cette même entreprise s'élève à 377 750 € (275 000 € + 84 000 € de forfait de fonctionnement + 18 750 € au titre des amortissements), soit un ratio apparent de 32,0 %. C'est ce chiffre-là qu'il ne faut pas utiliser. Une entreprise dont le vrai ratio serait à 17 % pourrait ainsi se croire JEI avec 24 % « calculés au CIR », et découvrir l'erreur au premier contrôle URSSAF — avec un redressement portant sur l'ensemble des exonérations pratiquées.
Étape 2 — le calcul du montant exonéré
Ce qui est exonéré, ce qui reste dû
L'exonération porte sur les cotisations patronales d'assurances sociales (maladie, maternité, invalidité, décès, vieillesse) et d'allocations familiales.
Restent dues, notamment : les cotisations AT/MP, la CSG et la CRDS, les cotisations salariales, le FNAL, la contribution au dialogue social, le versement mobilité, les cotisations d'assurance chômage et AGS, les retraites complémentaires AGIRC-ARRCO, le forfait social. L'exonération JEI ne divise donc pas votre coût employeur par deux : elle retire une couche précise du bulletin, celle qui représente en pratique de l'ordre de 25 à 30 % du brut selon votre situation.
C'est pourquoi le calculateur propose un taux moyen de cotisations concernées à 26 % par défaut, en précisant qu'il s'agit d'une valeur indicative et non d'un taux officiel : le taux réel se lit sur vos bulletins de paie et dépend notamment du niveau des rémunérations.
Qui est concerné
Les salariés dont l'activité est consacrée aux projets de R&D : chercheurs, techniciens, gestionnaires de projet de R&D, juristes chargés de la protection industrielle et des accords de technologie liés au projet, personnels chargés des tests préconcurrentiels. Ainsi que les mandataires sociaux — gérant minoritaire de SARL, directeur général de SA, président de SAS — qui participent à titre principal au projet de R&D.
Le double plafond 2026
| Plafond | Montant 2026 | Portée |
|---|---|---|
| Rémunération mensuelle brute par personne | 8 203,64 € jusqu'au 31 mai, 8 401,59 € à partir du 1er juin (4,5 SMIC) | La part de rémunération qui dépasse ce montant n'ouvre pas droit à exonération. Ce n'est pas un seuil d'exclusion : un salarié mieux payé reste éligible, sur la part plafonnée. |
| Exonération par établissement et par année civile | 240 300 € (5 × PASS, le PASS 2026 étant de 48 060 €) | Plafond appliqué au montant de l'exonération, établissement par établissement. |
Attention aux contenus encore en ligne qui annoncent un plafond annuel « d'environ 235 500 € » : c'est le calcul fait avec le PASS 2025 (47 100 €). En 2026, le bon chiffre est 240 300 €.
Exemple chiffré
Cas 1 — quatre ingénieurs R&D à 4 500 € brut mensuel
- assiette mensuelle exonérée : 4 × 4 500 € = 18 000 € (chacun est sous le plafond de 4,5 SMIC)
- taux moyen de cotisations concernées retenu : 26 %
- exonération mensuelle : 18 000 × 26 % = 4 680 €
- exonération annuelle : 56 160 €, très en dessous du plafond de 240 300 €
Cas 2 — un directeur technique à 10 000 € brut mensuel
- assiette retenue : plafonnée à 8 401,59 € à partir du 1er juin 2026
- exonération mensuelle : 8 401,59 × 26 % = 2 184 €, au lieu de 2 600 € si la rémunération était retenue en totalité
- l'écart, environ 416 € par mois, est la part que le plafond laisse à votre charge
Le seuil où le plafond annuel devient contraignant : à raison d'environ 26 200 € d'exonération annuelle par salarié rémunéré au niveau du plafond, le plafond de 240 300 € est atteint autour de neuf salariés R&D. Au-delà, chaque recrutement supplémentaire n'apporte plus d'économie de cotisations sur cet établissement.
Estimez votre montant en trois champs. Notre calculateur JEI prend le nombre de salariés affectés à la R&D, leur rémunération brute mensuelle moyenne et le nombre de mois concernés, et applique les plafonds 2026. → Ouvrir le calculateur JEI À garder en tête : le calculateur estime un montant, il ne vérifie ni votre taille, ni la détention de votre capital, ni votre intensité de R&D. Le test d'éligibilité JEI est là pour ça.
Les autres conditions du statut, à vérifier avant tout calcul
Le ratio de 20 % n'est qu'un des cinq critères posés par l'article 44 sexies-0 A du CGI. Il faut aussi :
- la taille : moins de 250 salariés, et un chiffre d'affaires annuel inférieur à 50 millions d'euros ou un total de bilan inférieur à 43 millions d'euros ;
- l'âge : moins de huit ans (moins de onze ans pour les entreprises créées avant le 1er janvier 2023). Le statut est perdu définitivement au huitième anniversaire, et l'exonération s'applique jusqu'au dernier jour de la septième année civile suivant celle de la création ;
- la composition du capital : détenu de manière continue à 50 % au moins par des personnes physiques, d'autres JEI détenues à 50 % au moins par des personnes physiques, des associations ou fondations reconnues d'utilité publique à caractère scientifique, des établissements publics de recherche et d'enseignement ou leurs filiales, ou des structures d'investissement limitativement énumérées ;
- le caractère réellement nouveau de l'activité : sont exclues les entreprises créées dans le cadre d'une concentration, d'une restructuration, d'une extension d'activités préexistantes, ou qui reprennent de telles activités. Une exception existe : une société issue de la restructuration d'entreprises elles-mêmes qualifiées de JEI au moment de l'opération peut prétendre au statut, la condition d'âge étant alors appréciée à partir de la plus ancienne des dates de création.
Ces conditions s'apprécient exercice par exercice. Une entreprise peut donc être JEI une année et pas la suivante — un exercice où la R&D ralentit et où les charges commerciales montent suffit à faire passer le ratio sous les 20 %.
Ce qui change en 2026
- Le statut est prorogé. La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) prolonge le dispositif : l'exonération de cotisations reste ouverte aux entreprises créées au plus tard le 31 décembre 2028, et les exonérations facultatives d'impôts locaux — cotisation foncière des entreprises et taxe foncière sur les propriétés bâties, sur délibération des collectivités, pour sept ans — sont prorogées dans les mêmes termes (art. 40).
- Une nouvelle catégorie apparaît : la JEII. L'article 23 de la même loi crée la « jeune entreprise d'innovation à impact », critère alternatif au seuil de 20 % : des dépenses de recherche comprises entre 5 % et 20 % des charges fiscalement déductibles, assorties des conditions propres aux entreprises de l'économie sociale et solidaire. Une entreprise à impact qui échouait au seuil de 20 % a désormais une seconde porte.
- Rappel sur la fiscalité. L'exonération d'impôt sur les bénéfices de l'article 44 sexies A du CGI ne concerne que les entreprises créées jusqu'au 31 décembre 2023. Une société créée en 2024 ou après est JEI pour le volet social et les impôts locaux, pas pour l'impôt sur les bénéfices. C'est la confusion la plus fréquente sur ce dispositif.
- Pour mémoire, les autres portes d'entrée. La jeune entreprise de croissance (JEC) suppose des dépenses de recherche entre 5 % et 20 % des charges et le respect d'indicateurs de performance économique définis par décret ; la jeune entreprise d'innovation de rupture (JEIR) suppose plus de 30 % de dépenses de recherche et ouvre à ses investisseurs une réduction d'impôt sur le revenu majorée.
Erreurs fréquentes
- Tester le seuil de 20 % avec l'assiette CIR (forfaits inclus). Le plus courant, et le plus dangereux.
- Oublier les retraitements du dénominateur : les pertes de change et les charges nettes sur cessions de VMP se neutralisent, et cela peut suffire à franchir le seuil.
- Appliquer l'exonération à tout le service technique. Seuls les personnels affectés aux projets de R&D sont concernés. Un développeur qui fait de la maintenance et du support n'entre pas dans l'assiette, ou seulement au prorata de son temps de R&D documenté.
- Raisonner en taux global de charges patronales. L'exonération ne porte que sur les assurances sociales et les allocations familiales.
- Ignorer le plafond par établissement. Il s'applique par établissement et par année civile : une entreprise multi-sites doit le suivre site par site.
- Se déclarer JEI sans tracer les temps. Comme pour le CIR, la répartition du temps entre R&D et hors R&D est le premier document demandé en cas de contrôle.
Questions fréquentes
Le calcul du seuil JEI est-il le même que celui de l'assiette CIR ? Non. Les catégories de dépenses sont les mêmes, mais pour le seuil JEI on retient les dépenses par nature, sans les plafonds ni les forfaitisations applicables au CIR — ni le forfait de 40 % sur les dépenses de personnel, ni celui de 75 % sur les amortissements.
Quel est le plafond d'exonération JEI en 2026 ? Deux plafonds cumulatifs : 4,5 SMIC de rémunération mensuelle brute par personne, soit 8 203,64 € jusqu'au 31 mai 2026 puis 8 401,59 € à partir du 1er juin 2026 ; et 240 300 € d'exonération par établissement et par année civile, correspondant à cinq fois le plafond annuel de la sécurité sociale (48 060 € en 2026).
Combien de temps dure l'exonération ? Jusqu'au dernier jour de la septième année civile suivant celle de la création, à condition que l'entreprise remplisse les conditions à la clôture de chaque exercice. Le statut est perdu définitivement au huitième anniversaire pour les entreprises créées à compter du 1er janvier 2023.
Peut-on cumuler le statut JEI et le CIR ? Oui, et c'est le montage le plus fréquent : le statut JEI joue sur les cotisations patronales, le CIR sur l'impôt. Les mêmes dépenses de personnel servent aux deux calculs, avec des règles d'assiette différentes. Estimer le CIR
Mon entreprise a été créée en 2025 : ai-je droit à l'exonération d'impôt sur les bénéfices ? Non. Cette exonération est réservée aux entreprises créées jusqu'au 31 décembre 2023. Vous conservez l'exonération de cotisations patronales et, sur délibération des collectivités, les exonérations d'impôts locaux.
Faut-il demander l'agrément du statut JEI ? Le statut s'auto-apprécie : aucune décision préalable n'est requise pour l'appliquer. Il est toutefois possible de sécuriser sa qualification par un rescrit spécifique, avec accord tacite en l'absence de réponse dans le délai prévu. Sur un premier exercice, cette démarche vaut souvent le temps qu'elle prend.
Et maintenant
→ Estimer vos exonérations avec le calculateur JEI → Vérifier d'abord que vous entrez dans le champ du statut → Les règles du statut JEI en détail
Le calcul du ratio de 20 % se fait sur votre liasse, pas sur une estimation. Si vous voulez le sécuriser avant votre prochaine clôture, parlons-en.
Sources
- Article 44 sexies-0 A du CGI (conditions de qualification JEI, JEU, JEC, JEII) ; article 44 sexies A du CGI (exonération d'impôt sur les bénéfices)
- BOI-BIC-CHAMP-80-20-20-10, mise à jour du 15 avril 2026 — conditions d'éligibilité JEI / JEU / JEC / JEII, appréciation du seuil de 20 %
- ACTU-2025-00073 — relèvement à 20 % du seuil de dépenses de recherche (loi n° 2025-199 du 28 février 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2025, art. 22)
- ACTU-2026-00067 — création de la « jeune entreprise d'innovation à impact » et prorogation des exonérations d'impôts locaux (loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, art. 23 et 40)
- BOI-IF-CFE-10-30-60-20, mise à jour du 15 avril 2026 — exonérations de CFE
- URSSAF — exonération de cotisations patronales JEI et JEU : personnels concernés, cotisations exonérées, plafonds
- entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F31188 — statut de jeune entreprise innovante
- Plafond annuel de la sécurité sociale 2026 : 48 060 € (arrêté du 22 décembre 2025)
Cet article présente l'état du droit au 8 septembre 2026. Il ne constitue pas un avis sur une situation particulière. Les paramètres sociaux 2026 sont à confirmer sur le BOSS et le site de l'URSSAF avant application en paie.
Notes pour l'intégration (à ne pas publier)
- Cohérence avec le calculateur : l'article retient 8 401,59 € pour le plafond applicable à partir du 1er juin 2026, valeur publiée par l'URSSAF et service-public.gouv.fr. Le calculateur affiche 8 401,59 € (arrondi de 4,5 × 1 867,02 €). Écart d'un centime, mais à aligner sur une seule valeur pour éviter toute question : aligner l'outil sur la valeur URSSAF.
- Bloc CTA du milieu d'article : encadré visuel + bouton, avec la mention de limite du calculateur conservée telle quelle. Cette transparence est un signal de sérieux et qualifie mieux les leads.
- Le tableau des plafonds est le passage le plus citable par les moteurs génératifs : le garder en vrai tableau HTML, pas en image.
- Mise à jour annuelle : SMIC, PASS et les deux plafonds changent chaque année. Prévoir une revue en janvier et une autre après la publication de la loi de finances, puis actualiser la date de mise à jour (et non la date de publication).
- Chiffres à revalider avant publication : plafond mensuel applicable jusqu'au 31 mai 2026, date effective de la revalorisation du SMIC 2026, et taux moyen de 26 % retenu dans les exemples.
